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Aimé Césaire

Dimanche 27 avril 2008

 

Pierre Aliker, très ému, qui fut pendant plus de 50 ans le premier adjoint d'Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France, a délaissé le discours écrit et finalement opté pour l'improvisation. Il a rappelé les objectifs du Parti progressiste martiniquais, fondé par Aimé Césaire. ''Notre objectif est d'obtenir un pouvoir local fort'', a-t-il souligné. ''Les spécialistes des questions martiniquaises, ce sont les Martiniquais (...) Avec une fidélité à toute épreuve, vous pourrez compter sur nous'', a-t-il lancé en conclusion à la foule. La partie solennelle de la cérémonie a été ensuite suivie par la lecture d'extraits de textes du poète et d'interprétations musicales.

Pierre Aliker est né le 9 février 1907 au Lamentin en Martinique. 

A 28 ans, alors étudiant, il perd son frère, André Aliker, journaliste communiste  assassiné à Case-Pilote. Pierre Aliker ne se consola jamais de cette disparition, c’est pourquoi  il porte encore et toujours des costumes en lin blanc en signe de deuil. Chirurgien de profession il  fut, par la suite, aux côtés d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France de 1945 à 2001. A 40 ans pour l’un et 33 ans pour l’autre, ils  réussirent l'impensable, battre lors des élections municipales le grand Joseph Lagrosillère.  Désormais à la tête d’une ville de 45 000 habitants ils avaient pour mission de loger, éduquer, soigner une population sortant des campagnes martiniquaise arrivée là en raison de la crise sucrière.  

 

Le 20 avril 2008, une terrible mission attendait celui que nous appelons affectueusement docteur Aliker. Il était  le seul à pouvoir s’exprimer face au cercueil du chantre de la négritude. « La Martinique a perdu le plus fidèle de ses fils »…
Comment ? Un fils ? Mais docteur il est appelé Papa non ?! Aimé Césaire serait donc pour vous un des fils de la Martinique ??!!

« L’intérêt général ne devait pas se noyer dans les eaux glacées des intérêts privés »

Cette phrase déclarée face à  N. Sarkozy,  avait une saveur ineffable. Effectivement, des hommes politiques qui ne se sont pas enrichis au cours de leur mandature, nous n’en connaissons pas beaucoup ! je citerai à la volée Mandela, Gandhi, Castro………je cherche encore…………et encore…………………je n’en trouve pas…..

Une terrible pression atmosphérique régnait dans les gradins du stade portant son nom. Les acclamations du public regorgeaient de fierté à chacune de ses hésitations. Elles semblaient lui dire « courage docteur ! ». Et lorsqu’à la fin il affirma « les spécialistes de la question martiniquaise ce sont les martiniquais eux-mêmes », l’ovation  était plus forte que jamais.

 

Le plus fier d’entre nous était certainement Aimé Césaire  !

 

A un journal de l’île, Pierre Aliker affirma : « Quand la mort viendra, je l’embrasserai sur les deux joues et je lui dirai pourquoi viens tu si tard ? »

 

Peut être vous répondra t-elle docteur, parce que la Martinique avait besoin de vous, jusqu’au bout…

 

Merci Docteur Aliker


Erika S.

photo : avaltar

Par Erika
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Samedi 19 avril 2008

- C’est quoi important marraine ?

- Important ?!! Disons que c’est quelque chose qui est grand, qui est nécessaire

- Alors pourquoi on dit que Aimé Césaire est important ?

- On le dit car il a fait de grandes choses pour son pays, pour le monde, il a dit de belles choses aussi

- Comme quoi ?

- C’est le premier à avoir dit qu’il était fier, fier d’être martiniquais, fier d’être noir

- Noir ?? C’est quoi ça ?

- regarde ta couleur de peau ! Tu es de quelle couleur ?

- je suis noire !

- voilà ! Et Aimé Césaire nous a dit d’être fiers de notre couleur de peau !

- je suis noire…aaaaaaahhhhhhhhh

- oui mais, retiens aussi que tu dois être fière d’être martiniquaise, c’est important aussi et le martiniquais peut être noir, blanc, marron, jaune…..

- et il est où maintenant Aimé Césaire ?

- Il est au ciel avec ses copains

- Et il fait quoi au ciel ?

- Il lit, il écrit des poèmes, peut être qu’il joue  au domino avec Eugène Mona

- il doit être content alors !

 

Par Erika
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Samedi 19 avril 2008





A la suite du cortège, spontanément, des chants de femmes s'élevaient :

woy woy nou ni mémwa, sé an nonm matinik manmaille, an vérité sé chimen nou tout ki la, sé an nonm matinik manmaille

woy woy nou ni mémwa, sé istwa matinik ki la, an vérité sé istwa nou tout ki la, sé an nonm matinik ki la
Par Erika
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Samedi 19 avril 2008




"Je viendrai à ce pays mien, et je lui dirai, embrassez-moi sans craintes...Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai.."

" Même le crayon de Dieu a une gomme"

"Un jour pour nos pieds fraternels, un jour pour nos mains sans rancunes, un jour pour nos souffles sans méfiance..."

Par Erika
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Vendredi 18 avril 2008


Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous,
mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique.

Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
        car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
        que nous n’avons rien à faire au monde
        que nous parasitons le monde
        qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde
        mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer
        et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
        et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force
        et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête

et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule

et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite.

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Ed. Présence

Par Erika
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Vendredi 18 avril 2008

Image de l'article

Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame !
...

Au plus bas de la fosse.

C'est là que nous crions, de là que nous aspirons à l'air, à la lumière, au soleil.

Et si nous voulons remonter, voyez comment s'imposent à nous , le pied qui s'arc-boute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête,oh ! La tête, large et froide!

Et voilà pourquoi il faut demander aux nègres plus qu'aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d'enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas!

C'est d'une remontée jamais vue que je parle, Messieurs et Malheur à celui dont le pied flanche !

Aimé Césaire, Extrait de La tragédie du Roi Christophe

Par Erika
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Vendredi 18 avril 2008

Au bout du petit matin le soleil qui toussotte et crache ses poumons

Au bout du petit matin
un petit train de sable
un petit train de mousseline
un petit train de grains de maïs

Au bout du petit matin
un grand galop de pollen
un grand galop d'un petit train de petites filles
un grand galop de colibris
un grand galop de dagues pour défoncer la poitrine de la terre

Aimé Césaire, cahier d'un retour au pays natal, Présence africaine

 
spéciale dédicace pour Jill !!
Par Erika
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Vendredi 18 avril 2008

mon peuple

quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête tienne sur tes épaules renouées
et ta parole

le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée

quand
quand donc cesseras-tu d'être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d'autrui
l'épouvantail désuet

demain
à quand demain mon peuple
la déroute mercenaire
finie la fête

mais la rougeur de l'est au coeur de balisier

peuple de mauvais sommeil rompu
peuple d'abîmes remontés
peuple de cauchemars domptés
peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre
demain plus haut plus doux plus large

et la houle torrentielle des terres
à la charrue salubre de l'orage

Aimé CESAIRE, Ferrements, 1960

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Par Erika
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Vendredi 18 avril 2008


Nous nous y attendions depuis quelques jours. Psychologiquement, la population a été préparée, par l'annonce quotidienne de l'état de santé du plus célèbre martiniquais : "Etat stable mais préoccupant". 
Au bout du petit matin de ce 17 avril 2008, à 5h20, le chantre de la négritude s'est éteint à l'âge de 94 ans.

 

Elu 12 fois à la mairie de Fort-de-France, le nègre fondamental nous laisse un bel héritage. Un héritage poétique, culturel, politique, identitaire. Certains absorbent tout cet héritage. D'autres choisissent... entre.... la plume volcanique, le chantre de la négritude, le père de la nation martiniquaise...
mais, ki nou lé ki nou pa lé,  nous Martiniquais, sommes tous héritiers d'Aimé Fernand Césaire.

Eia pour Aimé Césaire !

Par Erika
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Dimanche 13 avril 2008

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n'entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l'épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l'amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l'allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d'initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d'encensement.
Faites de moi l'exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine...

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, présence africaine

 

 

 

Par Erika
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