Jeudi 10 juin 2010
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Secrets d’époque…la journée de l’amateur de rhum

Dans la tradition locale, le rhum est une chose sacrée que l’on respecte.
Il n'existe plus dans nos sociétés de rites initiatiques. En Afrique, le garçon qui réussissait a tuer un lion devenait guerrier. Chez nous, département français, le service militaire était le
passage obligé entre l'adolescence et l'âge adulte.
Aujourd'hui ses rites de passage n'existent plus.
Nous nous en sommes crées de nouveaux.
On devient HOMME dès lors que nous avons déjà eu une cuite. Dépi nou sa bwè an ponch, dépi nou za trapé an boulézon, nou ka
divini an nònm. Je parle de rite initiatique, car l'essence même de nos sociétés, nos douleurs trouvent naissance dans les champs de canne à sucre.
Mais revenons sur ce symbole fort qu'est le rhum :
Auparavant, il existait des heures et des dénominations précises pour sa consommation :
- Le matin à jeun, vers 5h, on commençait par le « décollage » ou encore la «mise à feu », le bon réveil, indispensable à la mise en route du travailleur.
- Dès 9h, on pouvait boire le punch. En général il s’agissait du
« sec » (rhum pur) ou du « feu » (rhum+ zeste de citron+13 grains de sucre).
- A 11h arrivait le « ti-lagoutte », la petite goutte de rhum, prémice du
« ti punch » de midi.
- Vers midi et demie, on dégustait autour d’une table entre amis le
« ti 50% », censé représenter la moitié du verre précédent.
- A 15h, c’était « l’heure du Christ » puis à 17h, venait le « ti pape ».
- Au début de l’après-midi, les « à toute heure » se prenaient au gré de l’humeur. On les appelait aussi des « ti-feu », ou des « ti-sec », des « CRS » pour la route (Citron-Rhum-Sirop).
Sans oublier les « pété-pied », véritables coupe-jarrets qui mènent directement à la sieste,
- le « ti-punch » du soir et enfin la « partante ».
Le rite restait immuable et devait être effectué par le consommateur lui même (on ne servait pas le punch à quelqu’un) : le sirop était versé, le zeste pressé et enfin on mettait le rhum. Pour
mélanger la mixture (cela s’ appellait « doucir » le punch), on tournait le verre tenu du bout des doigts dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Le punch absorbé (la tradition exigeait que ce soit fait en trois coups), on prenait le « crase », le coup de froid après le coup de feu. En Guadeloupe, la crase se nomme l'amortisseur.
Lorsque le décollage s’accompagnait d’un crase à l’eau de coco, on parlait alors d’un « cocoyage » et s’il s’agissait de « mabi », on buvait un « mabyage ». Plus simplement, eau plate ou gazeuse,
chacun avait sa technique pour calmer le feu du rhum.
Ainsi s’achevait une journée typique de l’amateur de rhum.
N’oubliez pas que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération !

source : www.rhumdematinique.com
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